Paranoïa de Steven Soderbergh

Bonjour à toutes et à tous,

Je reviens vers vous aujourd’hui pour vous parler encore une fois de cinéma. Paranoïa de Steven Soderbergh est dans nos salles obscures depuis le 11 juillet et j’ai pu aller le voir dès son premier jour de sortie. Je n’avais pas lu grand chose autour du film et seul le visionnage de la bande annonce m’avait donné très envie de le voir. Je ne savais donc vraiment pas énormément de chose de ce nouveau Soderbergh et ce n’était pas plus mal, car j’avais besoin que l’on me surprenne…

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Synopsis :

Une jeune femme, convaincue d’être harcelée, est enfermée contre son gré dans une institution psychiatrique. Alors même qu’elle tente de convaincre tout le monde qu’elle est en danger, elle commence à se demander si sa peur est fondée ou le fruit de son imagination …

Une envie de cinéma de la part de Soderbergh

Avant de vous parler du fond qui m’a particulièrement conquis, je vais m’attarder un peu sur la réalisation, ainsi que sur le scénario de ce film. Steven Soderbergh montre, encore une fois, cette volonté de jouer avec le cinéma et de proposer quelque chose de nouveau. Pour ce faire, Paranoïa a été entièrement tourné, en termes de mises en scènes et de cadrages, avec l’Iphone 7 +. Ne vous méprenez pas, nous ne sommes pas dans un film Found Footage, bien au contraire, mais dans une réalisation plus classique. Je ne sais pas si Steven Soderbergh voulait apporter quelque chose en plus à son image ou alors simplement montrer que l’utilisation d’un smartphone était quelque chose de possible pour créer un long métrage. En tout cas, j’ai trouvé que l’utilisation de cet Iphone + apportait quelque chose à l’image, à notre sensation et que ce choix participait pleinement aux idées que Soderbergh voulait nous faire passer. Cette caméra est donc relativement petite, quand on compare à celles utilisés généralement et elle a donc permis au réalisateur de pouvoir se mettre à des endroits qui semblait alors impossible. Paranoïa devient alors un film assez minimaliste dans sa mise en scène et on sent que le tournage a été rapide. Le choix du smartphone permet également de nous faire entrer pleinement dans l’action, nous sommes immergés dans ce monde et il est assez difficile dans sortir.

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Alors, que la forme est assez bien pensée et que Soderbergh arrive à jouer sur certains effets pour nous faire ressentir différents états de la folie, le fond est beaucoup moins impressionnant. Le scénario est vraiment beaucoup trop simple pour être vraiment marquant. L’idée est de savoir si Sawyer, interprété par Claire Foy, est folle ou non, mais le doute ne plane pas assez longtemps pour que l’idée aille beaucoup plus loin et c’est vraiment dommage, car Steven Soderbergh aurait pu alors créer un film iconique sur la folie, comme avez pu le faire Milos Forman avec Vol au-dessus d’un nid de coucou. Le réalisateur sauve cependant les meubles avec les différents thèmes qu’il aborde, mais j’y reviens juste après.
Paranoïa est aussi sauvé, en grande partie, par la prestation de Claire Foy, qui est aux antipodes de son rôle d’Elisabeth II dans la série The Crown. Elle interprète le personnage de Sawyer avec une telle force, qu’elle en illumine le cadre. C’est simple, on ne voit qu’elle lorsqu’elle apparaît à l’écran. L’actrice donne tout ce qu’elle a pour nous montrer que son personnage est bien loin de la jeune femme timide et renfermée. Sawyer devient impulsive et violente face à un monde qui ne l’écoute pas. Joshua Leonard est quant à lui en deça de Claire Foy, mais je tiens tout de même à souligner que son jeu est extrêmement glaçant, voire dérangeant, notamment dans les phases de folies et de débordement émotionnels. Le reste du casting n’est pas mauvais, même si on pouvait voir quelques formes de sur-jeux chez certains acteurs et actrices.

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#MeToo

Avec ce scénario qui n’est pas si alambiqué, Steven Soderbergh continue sa critique du système médical américain, entamée avec Effets Secondaires. En effet, sans dévoiler toute l’intrigue, il sera question d’un séjour en institution médicale quelque peu forcé pour notre personnage de Sawyer, mais ce n’est pas cet aspect de l’histoire qui m’a le plus fait réfléchir.
Paranoïa semble être, à travers le personnage de Sawyer, une interprétation, voire une incarnation du mouvement Me Too. Steven Sorderbergh nous montre à quel point le poids accordé aux paroles d’une femme est bien moindre face à celles d’un homme. Le cadre apporté par l’Iphone+ permet alors d’entrer dans l’histoire et de prendre la place d’un voyeur passif. Cette sensation s’accentue lorsque l’on prend conscience de tout ce qu’il se joue au tour de Sawyer. Personne ne va prendre au sérieux les accusations de Sawyer et certains vont même l’écouter d’une oreille peu attentive, montrant ainsi le peu d’intérêt que l’on porte à la parole d’une femme. Le droit à la parole lui est refusé et c’est bien ce qu’il se passe lorsqu’une femme tente de parler d’une agression morale, physique et sexuelle. La parole d’une femme est toujours remise en cause et c’est ce que Steven Soderbergh veut nous montrer. On se rend alors compte des abus de pouvoir orchestré par les hommes, notamment avec son patron qui lui fait ouvertement des avances, mais aussi avec les messages qu’elle reçoit quotidiennement de son harceleur. Claire Foy, alias Sawyer, est donc seule contre tous, afin de faire éclater la vérité.
Pour en revenir au smartphone, je pense que l’idée était aussi d’en dénoncer certaines dérives, même si ce n’est pas explicitement évoqué. Les seules fois où Sawyer semble sortir de cet état, c’est lorsqu’elle utilise un smartphone, afin d’appeler sa mère. Cependant, un expert évoque le fait que l’utilisation d’un tel objet, mais aussi des réseaux sociaux est une porte ouverte pour s’introduire dans notre vie privée et je trouve que cette sensation d’être un voyeur passif prend tout son sens, comme si nous devenions un harceleur…

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Je suis assez partagé face à ce nouveau Steven Soderbergh, car bien que la forme soit quasiment parfaite et que les idées développées m’ont paru très intéressantes, le scénario est quant à lui bien trop basique et simple. Je n’ai ressenti aucune réelle tension durant ce long métrage et c’est vraiment dommage, car le réalisateur aurait pu créer quelque chose de bien plus puissant et marquant.
Cependant, je vous conseille tout de même d’aller le voir, afin de voir quelque chose de nouveau en termes de réalisation.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. mithrowen dit :

    Le film tourné à l’iphone ça m’intrigue bien! Je pense que je vais aller le voir!

    Aimé par 1 personne

  2. Kimysmile dit :

    J’aimerais le découvrir, il m’intrigue!

    Aimé par 1 personne

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