Possession de Paul Tremblay

Bonjour à toutes et à tous,

On se retrouve aujourd’hui pour notre rendez-vous hebdomadaire autour de la littérature. Aujourd’hui, je vais revenir sur un roman qui a fait sensation aux USA lors de sa sortie. Possession ou A Head Full Of Ghosts est un roman de Paul Tremblay sorti en 2015 aux USA et en 2017 en France aux éditions Sonatine.
Ce roman, qui a remporté le prix Bram Stocker en 2015, est vendu comme un thriller horrifique, mais surtout comparé au cultissime L’Exorciste de William P. Blatty . De plus, pour enfoncer le clou, Possession semble avoir été apprécié par le Maître de l’horreur en personne, mais ça fait bien longtemps que je ne me fis plus à cela.
Tous les ingrédients étaient donc réunis pour me faire passer un agréable moment d’épouvante et j’avais hâte de me lancer dans cette lecture. Du coup, est-ce que Possession de Paul Tremblay a fonctionné sur moi ? Je vous dis tout dans cet avis.

Résumé de l’éditeur :

Malgré une mère alcoolique et un père au chômage, la famille Barrett tente de mener une vie ordinaire dans la tranquille banlieue de Beverly, Massachusetts, jusqu’au jour où leur fille de 14 ans, Marjorie, commence à manifester les symptômes d’une étrange schizophrénie. Alors que des événements de plus en plus angoissants se produisent, les Barrett décident de faire appel à un prêtre, qui ne voit qu’une seule solution : l’exorcisme. À court d’argent, la famille accepte l’offre généreuse d’une chaîne de télévision ; en contrepartie, elle suivra la guérison de Marjorie en direct. L’émission connaît un succès sans précédent. Pourtant, elle est interrompue du jour au lendemain sans explications. Que s’est-il passé dans la maison des Barrett ?

 – Code de l’épouvante et critique sociale –

Paul Tremblay livre ici un troisième roman d’une qualité indéniable. L’auteur joue avec les codes de l’horreur, afin de s’amuser, de décortiquer les clichés, mais aussi pour les contourner. Ce jeu avec l’épouvante lui permet d’instaurer une certaine ambiance dans son roman, afin de nous faire frissonner, mais également pour nous perdre. Je vous rassure tout de suite, Possession ne fait pas particulièrement peur, même si certaines scènes pourront vous sembler malsaines et dérangeantes. Il ne faut pas oublier que nous sommes face à un thriller horrifique, voire psychologique et que la notion de perte de repaire est extrêmement importante.
L’auteur va, avant tout, jouer avec son rythme et son côté thriller, afin de nous perdre. La lecture pourra s’avérer un peu lente par moment, à l’instar de L’Exorciste de William P. Blatty, mais c’est pour mieux nous intégrer à son histoire et à l’évolution de ses personnages. Le rythme devient, par moment, plus brutal, afin de nous perdre dans nos réflexions. L’histoire prend une nouvelle tournure à chaque moment d’intensité et c’est en cela que Paul Tremblay maîtrise sa plume et son concept. Toute la question est de savoir si ce que nous avons devant nous est bien relatif à un cas de possession démoniaque ou de schizophrénie qui touche un des membres de la famille, voire même à une supercherie. L’auteur va nous laisser dans le flou le plus total tout au long de ce récit et jouera même avec ses événements, afin de tout remettre en question.

 

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L’histoire se déroule sur plusieurs temporalités, mais avec un personnage récurant. C’est Merry qui va nous exposer son histoire à travers un témoignage qu’elle fera pour une journaliste. Celle-ci revivra les événements qui se sont passés dans sa famille et l’auteur prendra ainsi le point de vue d’une petite fille de huit ans. Pendant une bonne partie de l’histoire nous allons suivre le point de vue de Merry qui est totalement dépassée par les événements et par l’évolution que prend sa famille. Possession est un prétexte pour l’auteur pour nous montrer la déchéance d’une famille au travers les yeux d’une enfant, mais aussi au travers d’un programme télévisuel. Le père de famille semble avoir perdu récemment son travail et va de plus en plus s’enfoncer dans l’intégrisme religieux, tandis que la mère de famille lève de plus en plus le coude au fur et à mesure que l’intrigue avance. La grande sœur de Merry semble être de plus en plus une étrangère pour la famille, mais surtout pour sa sœur. Celle-ci s’avère agressive, moqueuse et semble s’amuser de cette situation à l’encontre de Merry.
Cette évolution et cette déchéance est admirablement écrite et décrite par son auteur. Il arrive à nous intégrer pleinement dans cette cellule familiale, afin de nous faire comprendre les changements qui s’opèrent petit à petit et cette sensation d’oppression qui augmente de plus en plus. De plus, le choix de prendre Merry à l’âge de huit ans est très bien exploitée, puisque l’on retrouve une fidélité dans sa psychologie. La petite fille est à la fois naïve et spontanée face aux événements qui l’amusent tout en la terrifiant.

Paul Tremblay profite de ce roman pour faire une critique de notre société qui devient extrêmement voyeuriste, à travers le rôle des médias et de certains programmes. C’est notamment la TV réalité qui va en prendre pour son grade dans ce roman et ce n’est pas pour me déplaire. Paul Tremblay évoque d’une façon quasi documentaire, mais sans pour autant dénaturer son propos et sa plume, l’arrivée d’une équipe de télévision prête à tout pour profiter de la déchéance, de la pauvreté et du désespoir d’une famille. Possession nous montre que l’audimat et le chiffre priment sur la véracité des faits, mais surtout sur le bien-être des membres de cette famille. La scène de l’exorcisme atteint un point culminant de la manipulation, afin de créer un spectacle tout en abusant des personnes présentes. Il est possible de voir cette histoire comme une fable sociale d’un cynisme puissant où une famille dans le besoin est prête à se vendre pour toucher un peu d’argent…

 

Vous l’aurez compris, Paul Tremblay signe ici un roman d’une qualité rare et surtout bien loin du roman d’épouvante classique. L’auteur joue avec des codes bien connus, afin de nous perdre dans son histoire, au même titre que la jeune Merry. Avec une plume de qualité, une maîtrise du rythme et de l’ambiguïté, Paul Tremblay livre avec Possession un message intelligent et profond. Un roman qui plaira aux amateurs d’épouvante, de frissons, mais aussi à ceux qui préfèrent l’ambiance et la psychologie.

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