Surface d’Olivier Norek: Profondément humain

Dieu que les livres se suivent et se ressemblent, en quelque sorte, avec Olivier Norek

Pour ceux qui ne me connaissent pas encore bien, Olivier est une des personnes que j’apprécie et respecte le plus dans le paysage et la haute sphère des écrivains de thrillers. Une personne humble, pleine d’humour, qui ne se prend pas la tête, bourré de talent et très avenant. Nous échangeons, parfois, sur les réseaux sociaux et c’est toujours qu’il me donne les conseils qu’il faut ou qu’il répond à mes interrogations. Très proche de ses lecteurs, Olivier est aussi proche de ses personnages. Dans chaque roman que j’ai pu lire de lui, il nous construit des personnages chaque fois haut en couleur, des personnages avec un lourd passé, des personnages tiraillé psychologiquement.

Olivier Norek est une valeur sûre pour moi, et depuis son exil des contrées du 93 avec Entre deux mondes, Olivier se renouvelle. Et il le fait bien. Ne voulant pas être catégorisé comme étant « l’écrivain flic du 93 » , il s’est d’abord exporté dans la jungle de Calais… Avant de se tourner vers la campagne et l’Aveyron pour ce roman.
L’occasion de dire, au travers de son personnage principal Noémie, qu’il sait aussi faire ailleurs. Évidemment, Coste nous manque. Me manque. La petite évocation de Ronan Scaglia, un des personnages forts et proche de Coste vers le début du roman m’a rappelé de bons souvenirs. Mais c’est aussi ça, la force d’un écrivain. Être là où l’on ne l’attend pas. Et les mois se suivent et se succèdent pour Olivier, qui glane prix sur prix, récompense sur récompense avec toujours le même sourire, la même manière d’être et la même image d’un écrivain sympathique et talentueux.

Aujourd’hui, je vous présente Surface, édité toujours chez Michel Lafon. Ce n’est pas un coup de cœur, je ne peux expliquer pourquoi. Je classe ce livre à part. Ça le sera dans quelques temps, peut-être. En attendant, digérons ensemble cette très bonne lecture.

Avant de commencer à parler du livre en profondeur, parlons d’abord du titre. Surface… Un titre n’est jamais choisi au hasard, entendez-bien ce que je vous dis. Et rien ne m’a paru si concret que ce titre là pour cette histoire là. Et connaissant Olivier, il ne l’a pas choisi de façon anodine. Je m’explique…

Pour moi, il s’agit ici d’un double sens, et qui plus est d’une mise en abîme. Surface, c’est ce qu’il y a au-dessus. L’évocation même d’un au-dessus suggère un en-dessous. Jusqu’ici, vous me suivez. Noémie Chastain et son équipe vont faire remonter à la surface de nombreux secrets passés. Enfouis. De lourds secrets qui seraient bien restés cachés sans son arrivée fortuite et son flair infaillible.
Mais ça, c’est l’évocation la plus évidente.
La sous-entendue se situe dans le roman, dans les sujets implicitement soulevé par Olivier. Dans la surface et ce qu’il y a en-dessous. Et je veux bien entendu parler de l’Homme. Dans la société actuelle, et dans le cœur même de nos vies, nous jugeons en permanence. Qui ne l’a pas fait ? Et bien (trop) souvent, nous nous sommes arrêtés à ce que nous voyions en premier. C’est d’autant plus évocateur par le visage déformé, presque monstrueux de l’héroïne principale de cette intrigue, Noémie, qui reçoit une balle de fusil (chevrotine) qui lui vaut des semaines d’hôpital et de traitements psychologiques. Elle est jugée en permanence sur son physique, sans que les différents protagonistes ne se demandent ce qu’a vécu cette femme combative, qui tente de recouvrer le chemin de la guérison avec elle-même.
Et cela va même plus loin, puisqu’un second sujet est soulevé dans ce roman, sur un pied d’égalité avec la peur de l’autre et de ce que l’on ne connaît pas : l’étranger. Et donc le racisme. Le racisme est un fléau. Des personnes sont jugées pour leur couleur de peau, leurs origines ethniques différentes des nôtres. Mais en grattant un peu plus la surface, nous découvrons que ces êtres sont fait de chair, comme nous. Ont un cœur, comme nous. Sont humains.
Ne nous arrêtons pas à ce que nous voyons. Grattons la surface, comme les bons archéologues qui sommeillent en nous.

Bien, j’ai fini cette parenthèse sur le titre. Passons maintenant à l’histoire et à son contenu. Que s’y passe-t-il ? Bah tout et rien à la fois. Beaucoup de choses, mais aussi rien de transcendant. Ce livre est dans la lignée d’Entre deux mondes. Humain. Profondément touchant, avec un désir de reconstruction, une situation compliquée. Une enquête est faîte, tout de même, mais moins glaçante pour moi que dans Territoires ou Surtensions. Pourtant, le style de l’auteur continue d’évoluer. Et on ne s’ennuie pas du tout. Oh, ça non. J’ai bouclé ce livre en trois jours, en prenant mon temps.

Surface, comme je le disais, c’est d’abord une aventure humaine. Une femme que l’on éclipse de son Bastion. Que l’on éjecte de Paris. Que l’on met au placard, que ce soit ses supérieurs ou dans son équipe. Une femme que plus personne ne veut, alors que ses actes sont héroïques. Mais parce qu’elle n’est plus la même. Jugée sur son apparence. Elle est alors contrainte d’aller dans l’Aveyron et s’ensuit pour elle une période de reconstruction. Il va lui falloir redonner confiance, avoir foi en un groupe, s’engager, s’accepter. Tant de choses qu’elle va devoir ré-apprendre. Ce personnage m’a beaucoup touché, et plu, tout comme le psychiatre qui l’aide dans le livre. Je crois bien qu’Olivier est un des seuls écrivains Français à donner autant de force, de profondeur psychologique et d’empathie à ces personnages. Étant flic lui-même, il peut bien sûr calquer sur son propre vécu, mais ça n’a rien de simple tout de même.

Dans l’Aveyron, à Avalone, un des plus petits villages de France, de lourds secrets sont enterrés. Dans le passé de ses habitants, dans les mémoires. Noémie arrive et tout dégoupille à la suite d’une macabre découverte qui l’emmène dans ce passé là. De nombreux rebondissements à prévoir. Mais l’essentiel est bien humain, de voir comment Noémie s’en sort avec tout ça, comment elle gère ses émotions. Comment elle établit son plan d’action et elle va tout mettre en œuvre pour se démerder avec ce qu’elle a.

Pour être honnête, je me suis laissé porté tout du long, sans chercher à deviner quoi que ce soit. J’ai été surpris des révélations. Surpris de la construction de l’intrigue, plus complexe que de prime abord. Tout s’emboîte comme il faut, mais pour un écrivain comme Olivier, je n’en doutais pas. Et le final arrive en apothéose avec une dernière révélation, soufflant toutes nos certitudes et nos convictions. Brillant.

Mais alors, pourquoi je ne le place pas en coup de cœur ?

Je n’arrive pas à l’expliquer. Pour moi la force du bouquin se situe ailleurs. Olivier Norek, en plaçant l’humain, les sentiments, la vulnérabilité qui le caractérise tant, au premier plan et l’enquête au second, sort un peu du cadre thriller.
Ce n’est pas pour bouder mon plaisir, mais la tension est moindre tout de même, comparé à d’autres romans. Je n’ai pas eu ou ressenti de sueurs froides pour Noémie. Il lui arrive le pire au début de l’histoire.

J’en ressors convaincu et sûr du fait qu’Olivier va continuer de nous surprendre et de nous divertir. Une très bonne lecture, que je recommande évidemment. Merci Olivier !

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Émilie dit :

    Tu te rappelles quand je disais que j’avais du retard dans les lectures et la découverte d’auteurs parce que je ne lis que depuis trois ans ? bah voilà. Je n’ai jamais lu Norek ^^ Tout ne me tente dans ses livres, suivant les sujets abordés, mais il va falloir que je m’y mette parce que j’ai très envie d’avoir un avis et de connaître. Je ne sais pas si celui-ci pourrait me plaire, mais il y a des choses que tu dis qui m’intéressent, notamment en ce qui concerne les personnages et leur psychologie, ça, c’est chouette et c’est un gros bon point pour moi !

    Aimé par 1 personne

    1. Pleack dit :

      Je m’en souviens très bien !
      Mais on ne peut pas tout découvrir, hein !
      Moi même après 8 ans dans le monde du thriller, je n’ai jamais lu de Chattam, Tackian, Saussey, Lebel… Et John Hart du coup 😁
      Y’a tellement de choix !

      Après, O. NOREK est pour moi un auteur incontournable. Son présent parle pour lui. Et il a cette aura au dessus de sa tête, qui fait qu’il compose des bouquins vraiment poignants et efficaces. J’adore, personnellement
      Mais je sais que Tom a eu plus de mal avec Territoires par exemple 😊

      Tu te feras ton propre avis ! ^^

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      1. Émilie dit :

        On ne peut pas tout découvrir en effet. Je me renote Norek, je vais essayer de le caler cette année entre deux lectures 😊

        Aimé par 1 personne

    2. Pleack dit :

      Bon choix, très bonne idée 😀

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