Rêver de Franck Thilliez: un rêve accompli

Avec Franck Thilliez, j’ai connu deux destins. Le premier, marquant, issue d’une lecture débridée, m’a emmené au confin d’un jeu à réalité alterné puis sur un terre où je connaissais malheureusement les frontières, amenant ainsi une amère déception qui m’a éparpillé façon Puzzle. Le second, un paysage macabre souterrain et un roman bien construit, sans fausse note avec deux retournements coup sur coup, amenant un réel plaisir vertigineux. Un partout, balle au centre. Et j’ai mis un certain temps avant de me lancer dans une nouvelle aventure de cet auteur que beaucoup considèrent comme la figure de proue du thriller français, du moins celui qui a donné un nouvel élan à tous ces auteurs que l’on voit dorénavant et qui font chavirer nos pupilles de plaisir. Pour cet immense auteur, je devais accorder un autre chance. Et cela tombe bien, ce livre était en tête de liste de ses romans me faisant le plus envie ! Une envie qui portait sur un sujet me parlant énormément. Les rêves, les cauchemars, cette frontière invisible après le réveil qui nous confronte parfois à une réalité qui est imaginé puisque nous sommes toujours en état de sommeil. De nombreux sujets abordés tel que la paralysie du sommeil, la narcolepsie et d’autres maladies du sommeil, pour mon plus grand plaisir. Je dois admettre une chose à propos de Thilliez, on en apprend chaque fois beaucoup dans ses romans. Et c’est pour nous, lecteur, une facteur supplémentaire, sans aucun doute, d’addiction à notre plaisir de lecture. Plongeons-nous sans trop tarder aux portes de la folie, des ténèbres et de cette mince barrière entre rêve et réalité. Je vous présente Rêver de Franck Thilliez, chez Fleuve Éditions.

Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres. 
Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai. 
Abigaël a beau être cette psychologue qu’on s’arrache sur les affaires criminelles difficiles, sa maladie survient toujours comme une invitée non désirée. Une narcolepsie sévère qui la coupe du monde plusieurs fois par jour et l’emmène dans une dimension où le rêve empiète sur la réalité. Pour les distinguer l’un de l’autre, elle n’a pas trouvé mieux que la douleur. 

Comment Abigaël est-elle sortie indemne de l’accident qui lui a ravi son père et sa fille ? Par quel miracle a-t-on pu la retrouver à côté de la voiture, véritable confetti de tôle, le visage à peine touché par quelques bris de verre ? Quel secret cachait son père qui tenait tant, ce matin de décembre, à s’exiler pour deux jours en famille ? Elle qui suait sang et eau sur une affaire de disparitions depuis quelques mois va devoir mener l’enquête la plus cruciale de sa vie. Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même

Si je ne devais garder qu’une seule chose en mémoire dans ce roman, ce serait sa construction atypique et dévastatrice pour notre santé mentale. Nous sommes prévenus dès le début. Nous suivons deux timelines, parfois coupé par ce qu’il se déroule entre les deux. De toute évidence, toute l’histoire est au passé par rapport aux événements actuels, à part la fin qui revient au présent. Vous mettrez un certain temps à vous habituer, mais ça ne gêne aucunement la lecture. En revanche, votre compréhension en sera chamboulée à mesure que le personnage principal, Abigaël, narcoleptique depuis la naissance mais surtout psychologue enquêtant sur des disparitions tragiques d’enfants, sombre davantage dans la folie et les recoins de son cerveau malade. Nous sommes sans cesse confronté à une réalité biaisée. Est-ce vraiment réel, ou cela se passe dans la tête du personnage ? Comme dans Inception, Abi doit faire des tests de réalité pour différencier les deux. En plus de sa narcolepsie, elle est victime de cataplexie, ce qui lui vaut de perdre le tonus musculaire de son corps et de s’effondrer, consciente, pendant des durées variables. Pauvre femme. Pas gâtée par la nature.

La formidable construction de ce roman vaut, selon moi, à lui seul le succès de ce livre. Comment l’auteur s’y est-il pris pour ne pas se perdre et, surtout, pourquoi un chapitre est-il manquant ? Vous saurez tout ça à la fin. Si tant est que vous arriviez à survivre jusque là et à différencier le vrai du faux. L’enquête est double pour Abi, qui doit à la fois avancer dans cette enquête qui piétine, dont les policiers et elle n’ont aucunes pistes pour remonter jusqu’à cet homme qu’ils traquent. Mais aussi une enquête interne, où ses souvenirs sont peu à peu effacé par la prise de son traitement et du médicament qui détruit ses souvenirs à petit feu. Un double front des plus coriaces pour cette jeune femme, qui va partir à l’abordage et se battre contre vents et marées et sombrer aux portes de la folie… ne nous laissant pas indemne. Car nous aussi, tentant de démêler les multiples révélations dont nous gratifie Thilliez à mesure du livre, nous allons enquêter malgré nous et suivre cette pauvre femme, bien trop seule, dans ses pérégrinations.

Certains vont la croire, d’autres non. Ce qui est certain, c’est que la confusion est maximale et que nous ne savons que croire et que penser. Est-ce réel et est-ce le rêve qui prend le dessus ? Qu’est-ce qui est rêvé et qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Les quelques 600 pages du roman se parcourent très vite. Ce sentiment d’angoisse grandit en nous à mesure des pages qui se tournent. Angoisse pour l’héroïne, évidemment. Mais aussi pour les enfants disparus, dont nous avons la quasi certitude tout au long du roman qu’ils sont toujours vivant, quelque part. Enfermés. Seuls. Ce poison nous bouffe et nous consume. Mais nous tournons les pages avec cette soif innocente de se réveiller, de savoir le fin mot, d’arriver à ce dénouement aussi improbable que terrifiant. Les 100 dernières pages sont écrasantes et c’est vidé que l’on sort de cet ouvrage, convaincu d’avoir tenu entre les mains et je peux le dire cette fois-ci, un très grand Thilliez. 

Abordons enfin ce qui fait la profondeur de ce livre, à savoir la frontière aussi mince qu’étriquée entre le réel et l’imaginaire. Nous sommes parfois confrontés à des « faux » réveils de l’héroïne qui nous font vivre des réalités biaisées et donc imaginées. Ce qui nous place en alerte constante tout au long du livre sur cette question aussi simple, limpide que difficile à résoudre: Est-ce réel ? L’auteur maîtrise et manie les codes du doute avec brio car nous ne sommes jamais en possibilité de l’affirmer ou de nier ce qui nous est présenté à 100%. Un travail d’orfèvre, comme je pourrais le dire. Les codes du thriller sont également présent et les multiples révélations contribuent à nous faire douter, à la fois sur la véracité de l’histoire et sur l’honnêteté des différents personnages. Comme je le disais, la frontière est mince. Ne vous fiez, jamais, aux apparences.

Je dois dire que Rêver est monmeilleur Thilliez lu jusqu’à présent. Lisez le chapitre 57 à la fin du livre à l’aide du code révélé dans le livre. Il resolve tout et nous apporte un nouvel angle dans l’histoire. Thilliez et moi n’en avons pas fini, car avec maintenant deux livres appréciés je vais pouvoir me pencher sur un autre de ses romans. Coup de cœur pour celui-ci !

5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. tomabooks dit :

    BRAVO ! Tu as tout dit 😋. Ce roman est peut-être l’un des plus imaginatif de l’auteur et l’un des plus complets. Difficile de se dire qu’il y a eu Puzzle avant 😂

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    1. Pleack dit :

      Ah ah ! Oui Puzzle est avant ^^. Et vraiment Rêver est en pôle position. La construction, l’écriture, le personnage principal, tout était bon dans cette lecture. J’ai quand même deviné 2 coupables après 200 pages 😁

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  2. deidreambre dit :

    Merci de cette chronique ! Je n’ai plus lu de Thilliez depuis longtemps et tu m’as donné envie de m’y remettre !

    Aimé par 1 personne

    1. Pleack dit :

      Et bah j’espère vivement t’avoir donné plus qu’envie de t’y remettre 😁. J’espère aussi que tu vas bien 🙂

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  3. Heureuse que tu aies succombé au charme littéraire de Thilliez, j’avais adoré rêver !

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