Deuils de miel de Franck Thilliez : une relecture de qualité

Dans notre société qui va à cent à l’heure et qui voit son nombre de sorties littéraire croître d’année en année, il est toujours compliqué de se laisser un peu de marge pour relire un livre. On a toujours cette crainte de perdre notre temps, de passer à côté de LA nouveauté… Mais le principal dans tout ça, n’est-il pas de se faire plaisir ?

Aujourd’hui, je vous parle d’une relecture de qualité, celle de Deuils de miel de Franck Thilliez publié à l’origine aux Éditions du Rail noir et disponible chez les Éditions Pocket

La 4eme de couverture

Après le décès accidentel de sa femme et de sa fille, le commissaire Sharko est un homme brisé. Insomnies, remords, chagrin… Difficile dans ces conditions de reprendre du service. Mais une macabre découverte va brutalement le ramener à la réalité : une femme est retrouvée morte, agenouillée, nue, entièrement rasée dans une église. Sans blessures apparentes, ses organes ont comme implosé. Amateur d’énigmes, le tueur est aussi un orfèvre de la souffrance. Et certainement pas prêt à s’arrêter là. Pour Sharko, déjà détruit par sa vie personnelle, cette enquête ne ressemblera à aucune autre, car elle va l’entraîner au plus profond de l’âme humaine : celle du tueur… et la sienne.

Deuils de miel : Une relecture de qualité

C’est toujours compliqué de faire face à une relecture. On a toujours peur de trouver le roman moins bien, moins intéressant ou alors de ne pas reconnaître l’auteur qu’il y a derrière les mots ou le style. J’avais un peu cette impression lorsque j’ai ouvert pour la deuxième fois Deuil de miels de Franck Thilliez, mais elle est vite disparue. Je dois dire que c’était intéressant de retourner dans les premières enquête de Sharko, mais aussi dans les premiers romans de Franck Thilliez. J’ai eu la sensation de lire un roman d’un autre temps, mais aussi un roman haletant, qui ne laisse pas une seule seconde de répit pour le lecteur. Je peux dire que l’écriture de l’auteur a bien changé depuis le temps. Dans Deuils de miel, la plume sent bon le tabac froid, mais surtout le polar des années 50. Celui qui est bourru, sec dans son ton, mais sacrément addictif. Les phrases sont courtes, l’auteur va à l’essentiel et tout s’emboîte à la perfection. On tourne les pages à une vitesse folle et on se retrouve dans le final sans s’en rendre compte.
Je ne me souvenais plus vraiment de l’histoire, mais je dois bien vous avouer que l’auteur a encore réussi à me surprendre avec une histoire à vous couper le souffle et qui sonne encore très actuelle, puisqu’il sera question d’un virus inoculé par les insectes. Je ne me souvenais plus que Franck Thilliez avait réussi à mettre en scène des passages horribles à faire pâlir bon nombre de claustrophobe, d’ornitophobe et surtout d’entomomophe, sans pour autant en faire trop. Il y a une scène en particulier qui m’a mis mal à l’aise. La bile remontait de mon estomac. Je commençais à ressentir la panique du personnage et le dégoût face à ce qu’il y avait autour de nous. Si Franck Thilliez est avare en description dans Deuils de miel, je dois dire que le peu fait sensation et qu’il nous fait vivre une peur primale intense que je n’avais pas eu depuis un bon bout de temps.

deuils-de-miel-franck-thilliez

Deuils de miel a fonctionné sur moi, car j’ai pu redécouvrir le Sharko d’avant. Celui qui se retrouve seul, celui qui a vécu un drame, celui qui a encore du mal à passer outre, celui qui est plus proche du fond du gouffre que de la surface. Ce retour dans le passé a été vivifiant, dramatique et poignant. Je me suis rendu compte que l’inspecteur que Franck Thilliez met en scène depuis un moment revient de loin, de très loin. Même si on sait comment Sharko va évoluer, on ne peut s’empêcher de vivre ce roman au rythme de cette enquête sordide, morbide et terrifiante, surtout en ces temps de virus et d’épidémie qui arrive petit à petit sur notre territoire. Si vous êtes comme moi, on sait comment l’homme va changer, on sait ce qui l’attend dans le futur, mais on ne peut s’empêcher de souffrir avec lui, de trembler pour lui et de ressentir une énorme empathie pour ce personnage, ce héros sans concession, héro au grand cœur, toujours prêt à mettre sa vie en danger pour celle des autres.
Bien que Franck Thilliez oublie un peu les seconds couteaux dans ce roman, on ne peut ne pas voir le talent qu’il y a derrière les mots pour nous proposer un personnage fort, charismatique et envoûtant. Ce retour dans le passé redonne une nouvelle vision de Sharko, lui redonne une certaine force qu’il avait peut-être perdu. Et si, le personnage est un peu plus rangé maintenant et que Franck Thilliez le met plus souvent à l’écart, c’est qu’il l’a bien mérité.


Voilà, je crois que vous l’aurez compris. Deuils de miel est une belle relecture que je vous conseille de découvrir ou de redécouvrir, ne serait-ce que pour retrouver l’ancien Sharko. Ce très bon thriller m’a peut-être moins inquiété sur les virus que Pandemia, mais il y a tout de même de quoi terminer paranoïaque… 

10 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Eh bien, ça a l’air d’être un roman très actuel ! ^^

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    1. tomabooks dit :

      Je pense qu’il peut, en effet, être assez anxiogène ! Mais pas autant que Pandemia pour le coup 🙂

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  2. J’en ai un excellent souvenir !

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    1. tomabooks dit :

      Thilliez, à jamais dans nos cœurs de lecteurs !

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  3. J’aimerais bien relire un jour cette saga policière, je serai curieuse de voir ce que je pense de Train d’enfer pour ange rouge maintenant que j’ai lu presque tous les autres. Je me rappelle avoir beaucoup aimé Deuils de miel, je garde bien en mémoire la découverte du corps de cette femme dans l’église.

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    1. tomabooks dit :

      Je laisse encore quelques années devant moi avant d’y penser, mais j’en ai quand même très envie. Thilliez a réussi à évoluer tout au long de cette saga tout en proposant quelques pépites marquantes (dont Deuils de miel) 🙂

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      1. Oui, je garde particulièrement en mémoire Deuils de miel, Train d’enfer pour ange rouge et La Mémoire fantôme.

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  4. Mécanique Nocturne dit :

    Je n’ai encore lu aucun livre de Franck Thilliez avec l’inspecteur Sharko donc ton article m’intrigue et me donne aussi envie de découvrir ce livre. Le fait que tu puisses aussi bien analyser l’évolution de l’écriture de l’auteur en dit long sur le nombre de titres que tu as dû lire de lui ! 😉 Bon je note « Deuils de Miel » dans un coin de ma tête mais il faut que je sois raisonnable, il est temps d’attaquer « Pandemia » avant !

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    1. tomabooks dit :

      Si je ne dis pas de bêtises, j’ai tout lu de l’auteur et dans l’ordre. C’est peut-être aussi pour cela que je suis autant attaché au personnage de Sharko, mais à celui d’Hennebelle également 🙂 En tout cas merci pour ton commentaire qui m’aide à toujours plus me dépasser pour écrire quelques chroniques :). J’espère que Pandemia va te plaire (Il est tout en haut de mon top dans la série Sharko/Hennebelle) 🙂

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