Invisible Man de Leigh Whannell (2020)

L’homme invisible, l’anti-héros créé par H.G Wells en 1897 n’en fini pas de se voir adapter au cinéma, tant cette figure traverse les époques avec facilités.
En 2000, c’est le grand Paul Verhoeven qui nous offre une adaptation sombre et révolutionnaire au niveau des effets spéciaux de cette figure mythique, mais il est indéniable qu’il lui fallait une renaissance pour sonner encore plus actuel. Pour ce faire, c’est le collaborateur et ami de longue date de James Wan et ayant travaillé au scénario de Saw qui décide de remettre au goût du jour la légende de l’homme invisible au cinéma. Il faut dire que Leigh Whannell semble vouloir s’émanciper du maître de l’horreur moderne depuis quelque temps déjà, comme on avait pu le voir avec l’incroyable Upgrade.

Cecilia Kass est en couple avec un brillant et riche scientifique. Ne supportant plus son comportement violent et tyrannique, elle prend la fuite une nuit et se réfugie auprès de sa sœur, leur ami d’enfance et sa fille adolescente.

Mais quand l’homme se suicide en laissant à Cecilia une part importante de son immense fortune, celle-ci commence à se demander s’il est réellement mort. Tandis qu’une série de coïncidences inquiétantes menace la vie des êtres qu’elle aime, Cecilia cherche désespérément à prouver qu’elle est traquée par un homme que nul ne peut voir. Peu à peu, elle a le sentiment que sa raison vacille…

Invisible Man est une vraie bonne surprise de ce début d’année, car le réalisateur nous offre une relecture moderne et de qualité du mythe de H.G Wells. Leigh Whannell démarre son film de manière assez sobre et plante le décor en à peine quelques secondes. Un couple est endormie dans une forteresse vitrée, perdu au milieu de nulle part et entouré de l’océan. Les vagues se déchaînent, la femme se réveille, prépare ses affaires et fuit. En seulement quelques plans, on comprend tous les enjeux de cette fuite, de ce besoin de tout quitter.
Le postulat de base étant posé, Leigh Whannell joue avec un mélange des genres afin de nous faire le portrait très réaliste et terrifiant de la toxicité masculine et des violences domestiques. Invisible Man est un film douloureux, angoissant, intense où le fantastique s’immisce très lentement dans une réalité, afin d’en amplifier son côté destructeur. Qu’on se le dise, ce long-métrage se rapproche plus d’un thriller psychologique que d’un film d’horreur basique. Le réalisateur joue avec nos nerfs, bien que l’action aille un peu trop vite par moment, en jouant avec ses cadres, ses panoramiques et ses plans fixes nous faisant chercher la menace, comme pourrait le faire un John Carpenter. On sait que la menace est présente, on la sent, mais on ne la voit pas. Le film est d’une simplicité incroyable, mais fonctionne à la perfection, car le propos du film est maîtrisé. Cette maîtrise passe par son casting et notamment par Elisabeth Moss qui est époustouflante dans le rôle cette femme persécutée par son ex petit ami. Invisible Man évoque avec justesse les cas de harcèlement, de la peur constante des femmes victimes et des autorités qui n’écoutent pas et ne les comprends pas.

Ce qu’il y a de fort dans ce long-métrage, c’est que l’accent est mis sur la victime et non sur le bourreau. C’est en cela que Invisible Man de Leigh Whannell se rapproche de Paranoïa de Steven Soderbergh qui était passé inaperçu en 2018. Le réalisateur nous place dans une position de témoin. On voit ce qu’il se passe, on prend part à la détresse, à la peur de cette femme. On sait que ce calvaire et bien réel et c’est ce qui est le plus terrifiant. Le long-métrage expose de la meilleure des façons, bien que l’on ressente un léger manque de développement sur certains points, tout le processus de manipulation de l’entourage pour isoler sa proie, la faire passer pour folle et donc prendre l’ascendant psychologique sur celle-ci.
Le réalisateur joue sur l’invisible pour créer une sensation de malaise en nous et cela fonctionne à la perfection. Leigh Whannell décuple cette peur dans quelques scènes d’une rare justesse mettant notre cœur à rude épreuve. La réalisation devient froide, paranoïaque à certains instants comme on peut en voir dans le cinéma d’horreur asiatique. L’ambiance prime parfois sur les moments d’actions, bien que le final se rattrape allègrement sur ce point. L’ambiance lente est là pour nous confronter à nos propres peurs, mais aussi à celle du personnage. C’est ainsi que l’ajout du fantastique se fait au profit de l’intrigue et ne gêne en rien notre ressenti. Le mélange des genres se fait naturellement et nous gratifie de quelques scènes mémorables que ce soit au niveau de la façon de filmer ou du travail sonore. La menace invisible se veut tantôt percutante, froide, tantôt monstrueuse comme dans le passage dans l’hôpital psychiatrique où l’homme invisible devient un monstre…


Invisible Man devient le parfait mélange entre le thriller psychologique et le cinéma d’horreur à spectacle extrêmement bien produit. Le réalisateur nous confirme le sentiment qu’on avait pu avoir après Upgrade, celui d’un homme qui a bien fait de se lancer et qui promet encore de belle chose pour le cinéma de divertissement horrifique que nous propose Blumhouse depuis déjà quelques années.

6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Roh… J’ai un peu honte de m’être autant ennuyé. Mais j’avoue que je n’ai pas du tout adhéré au travail d’Elisabeth Moss, même si je conçois qu’elle était investie dans son rôle. Et je n’ai pas aimé la fin, non plus. Je suis vraiment passé à côté du truc. Il y a des jours comme ça !

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    1. tomabooks dit :

      Ne pas avoir le même avis sur une oeuvre, c’est ce qui fait son charme, sa force et son intérêt. Je viens d’aller lire ton retour (on est raccord quand même sur la date) et je comprends tes points de vues, surtout au niveau de certains points d’incohérences (ça manque de développement autour de la relation entre les deux soeurs pour comprendre le revirement à la suite d’un simple mail). Mais je dois dire que cet homme invisible a eu l’écho d’une bonne surprise, surtout si on le prend comme un simple produit Blumhouse.
      La fin, si rapide soit-elle, m’a mis dans le doute et c’est surtout ce côté loi du talion qui m’a fait basculer vers le coup de cœur. Victime, bourreaux ? Comme sur les réseaux sociaux, on s’insurge sans preuves !

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  2. Ah tiens, tu vois, le côté Talion, c’est aussi ce qui m’a déplu. C’était trop facile.
    Le réalisateur m’a paru avoir cédé à un effet de mode, en voulant montrer à l’écran une femme forte prenant l’ascendant sur le mal/mâle. Mais derrière cette idée première… on oublie que le film véhicule un message de violence plus ou moins gratuite envers les hommes, sous couvert de parler des relations toxiques dans le couple.
    Si au moins scénaristiquement ça tenait la route, mais imaginer que la miss puisse berner comme un bleu l’homme invisible, dans une maison truffée de caméras, c’est vraiment le prendre pour une buse. On nous fait croire pendant deux heures à un super homme invisible, et au final… ^^’ J’aurais préféré une fin ouverte. Ou au moins une fin différente.

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  3. Très, très belle découverte de mon côté aussi, une ambiance ultra prenante, angoissante et un aspect psychologique totalement abouti, c’est bluffant !

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    1. tomabooks dit :

      J’aimerai le voir, histoire de prendre la pleine puissance de la thématique lié aux cadrages du réalisateur. Mélange parfait entre le grand spectacle et l’horreur plus intimiste 🙂

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