Into The Night de Inti Calfat et Dirk Verheye (2020)

C’est avec une bande-annonce mystérieuse et alléchante que la série Into The Night a été annoncée par la plate-forme Netflix pour une sortie au 1er mai. Cette série catastrophe réalisée par Inti Calfat et Dirk Verheye est la première production 100% Belge, mais surtout une aubaine pour toucher le plus de monde possible. Sur le papier, la série a de quoi laisser rêveur, puisque Into the Night est scénarisé par Jason George (Narcos, The Protector) et elle s’inspire librement d’un roman post-apocalyptique écrit par le Polonais Jacek Dukaj, The Old Axolotl, toujours inédit en version française.

Lorsque le soleil commence soudain à tout tuer sur son chemin, les passagers d’un vol de nuit en partance de Bruxelles tentent de survivre par tous les moyens.

avis série Into The Night Netflix

Divisé en six épisodes de moins de 40 minutes, Into The Night est le genre de série qui se regarde sans sourciller, tout en enchaînant les épisodes. La série commence de manière assez brutale, avec très peu d’expositions. La série SF catastrophe démarre donc sur les chapeaux de roues avec une tentative d’instaurer une tension immédiate en suivant les pérégrinations de Talenzio, un militaire rattaché à l’OTAN, qui semble en savoir beaucoup sur la situation. On comprend que l’homme ne se sent pas bien et qu’il est en proie à la panique et à l’envie de quitter le sol Belge au plus vite. Mais pourquoi ? Ça, on ne le saura pas vraiment, car les deux réalisateurs nous donnent seulement que quelques bribes d’informations, à l’aide notamment d’une chaîne télévisée qui nous montre des corps sans vie, abandonnés en pleine rue, ou encore une femme qui perd la communication avec une amie américaine de façon soudaine. On a pas le temps de souffler, que la série catastrophe de Inti Calfat et Dirk Verheye se met en branle. Le soldat décide de prendre le contrôle de l’avion pour quitter la Belgique au plus vite. Scène anxiogène au possible, puisque celle-ci nous renvoie directement à notre peur du terrorisme sur le sol européen. Après une longue séquence d’hystérie, d’incompréhension, de colère et de cris, l’avion décolle au cœur de la nuit en laissant une grande partie des passagers et le reste de l’équipage au sol…

Into The Night a tout d’une série ambitieuse, semblable à la tentative française avec le long-métrage Dans la brume de Daniel Roby, qui tente de faire avec les moyens du bord pour nous faire ressentir une tension perpétuelle. Bien que la mise en scène des deux réalisateurs ne soit pas fantasque, celle-ci mise sur la tentative de coller au plus près de la réalité, quitte à apporter un aspect documentaire aux épisodes. Les deux compères décident de nous faire vivre ces événements comme si nous étions des passagers. Effet garanti, parce que si la mise en scène reste classique, la tension amenée par cette première scène donne un rythme formidable à ce thriller en huis-clos. Les épisodes s’enchaînent sans turbulence majeure, bien que la série repose entièrement sur son concept mystérieux et ses nombreux cliffhanger, et c’est un exploit compte tenu des réactions de certains personnages. Parce qu’il faut le dire, si on enlève ce pitch fantastique, les coïncidences hasardeuses qui peuplent cette série semblent peu crédibles…
Pour ne rien arranger, si la BO de Rupert Parkes favorise l’immersion dans ces quelques jours catastrophiques au sein de ce vol, il faut aussi souligner un problème au niveau du mix sonore qui rend certains dialogues incompréhensibles, voire complètement inaudibles.

La force de cette série réside dans le microcosme qu’elle tente de mettre en place. Bien que celle-ci soit tout de même un poil clichée (le méchant militaire, le raciste, l’influenceuse déconnectée de la réalité, etc.), les deux réalisateurs tentent de nous faire vivre une espèce d’arche de Noé volante pour la survie de l’espèce humaine. La série catastrophe se transformera assez rapidement en un thriller psychologique habile entre les passagers de ce vol peu habituel. Au fil des six épisodes, les personnages vont devoir faire preuve de solidarité et d’esprit d’équipe pour ne pas perdre les pédales et affronter ce qui s’apparente à la fin du monde. La planète devient hostile et ce vol, une occasion rêvée de devenir un échantillon de l’humanité où les jeux de rôles, de pouvoirs et de faux-semblants vont se mettre en place. Métaphore de notre époque, Into The Night nous interroge sur la meilleure façon de nous tirer de cette galère avec le vivre ensemble d’une société cosmopolite. Qui de la démocratie ou de l’autocratie sera la plus utile ?

Le voile se lève peu à peu sur les personnages et leurs personnalités, notamment avec de très rares flashback permettant de favoriser les dialogues qui pourront vous sembler tour à tour très bon, mais aussi et surtout très mauvais. On ne va pas se mentir, mais Into The Night ne brille pas par le niveau des acteurs, inégal. Si certains tirent leur épingle du jeu, d’autres plongent la série dans le vide abyssal. On passe plusieurs phases durant le visionnage de ces six épisodes : on rigole de certaines décisions, de certains dialogues et la minute d’après on se tape le front, tant les personnages font preuve d’une bêtise incroyable. On en vient même à espérer que certains meurent assez rapidement pour ne pas plomber le reste de la série, tant ils sont antipathiques, voire complètement inutiles… Mais peut-être que c’est une volonté de la part des créateurs de la série, puisque le but est de nous montrer une micro société en proie à la peur et à l’hystérie face à une fin du monde cosmique.

Si le niveau n’est pas toujours au rendez-vous, Into The Night mêle la série catastrophe et le thriller psychologique avec une ambition débordante et je dois dire que cela fait du bien dans le paysage européen. Avec son format éclair, la série Belge a de quoi rivaliser avec les productions américaines dont le public raffole depuis de nombreuses années. Une saison deux ? C’est ce que laisse présager le final, mais cela reste du ressort des spectateurs et de Netflix d’en prendre la décision. 

10 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mécanique Nocturne dit :

    Je ne connaissais pas du tout cette série mais ton article a attiré ma curiosité. J’ai déjà pas mal de séries en cours mais vu le format court de celle-ci, il y a des chances pour que je me laisse tenter 😊

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    1. tomabooks dit :

      Netflix n’a pas fait beaucoup de bruit autour de la sortie de cette première saison, mais il me semble qu’elle est déjà dans le top 10 des recommandations. Si tu arrives à accrocher malgré les défauts, la série de regarde en deux petites soirées 😋

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  2. J’avais vu passer la série mais comme je suis toujours en retard dans les 50 000 que je regarde déjà, je ne l’avais pas notée mais après avoir lu ton avis je suis curieuse de la découvrir. A voir quand cela sera possible !

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    1. tomabooks dit :

      J’espère que tu passera outre le jeu des acteurs et le côté un peu facile des péripéties haha. Mais il y a un côté fascinant dans cette série où l’on se voit porter par le rythme de celui-ci ! Bonne future découverte du coup 🙂

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  3. J’ai surtout vu des avis négatifs mais j’ai tout de même envie de tenter. Je suis curieuse de voir ce que donne cette série belge.

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    1. tomabooks dit :

      Oui beaucoup de critiques négatives et à juste titre… Mauvais acting, situations qui n’ont aucun sens, incohérences etc. Mais on sent tellement la volonté de faire quelque chose derrière et d’y aller à fond, qu’on a envie de suivre 😂

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      1. C’est bizarre, tu me donnes encore plus envie de la regarder maintenant malgré ses défauts 😄

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      2. tomabooks dit :

        J’espère ne pas m’être trompé alors haha

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