HS 7244 de Lorraine Letournel Laloue : le fond sans la forme

En ces temps de confinement, j’ai eu envie de me frotter à un roman qui a fait couler pas mal d’encre à sa sortie en 2019.

Aujourd’hui, je vous parle du premier roman de Lorraine Letournel Laloue, HS 7244, publié aux Éditions Belfond

La 4eme de couverture

Lorsque Marius se réveille dans cette cellule froide et puante, ses derniers souvenirs sont ceux d’une soirée arrosée et joyeuse avec Camille, l’amour de sa vie. Après Saint-Pétersbourg et Moscou, leur voyage à travers la Russie les avait conduits dans un petit bar de Grozny. Des vacances…

HS 7244 : le fond sans la forme

C’est avec un titre quelque peu putassier que je commence cette chronique en vous disant que j’ai le cul entre deux chaises avec ce roman. D’un côté, il y a un fond que j’ai trouvé très bon et surtout très intéressant et de l’autre un style qui ne m’a absolument pas plu. Loin de moi l’idée de vouloir casser du sucre sur le dos de l’autrice, Lorraine Letournel Laloue, mais je me dois tout de même d’être honnête et de vous parler de mon ressenti sur ce roman qui aurait pu être extraordinaire à mes yeux…

Commençons par les choses qui fâchent pour terminer sur des mots plus sympathiques. HS 7244 démarre de la meilleure des façons et annonce quelque chose de sombre, de noir, de très noir, à tel point qu’il sera difficile d’en ressortir ou du moins de se sentir bien à la fin de cette lecture. C’est le cœur bien accroché et mon cerveau déjà agrippé par l’autrice que je plonge dans cet enfer. On découvre des personnages, un camp de concentration, des brimades, des violences physiques et psychologiques difficiles à concevoir et à supporter. Il n’y aucun espoir à l’horizon, tout est d’un noir d’encre. Jusqu’ici, vous allez me dire que ça s’annonce bien et je vous dirais que oui. Sauf que les répétitions ont vite eu raison de moi et je ne vous parle même pas de la lourdeur de la plume… L’autrice use de phrases longues, entrecoupées de virgules, si bien que le rythme en prend un coup. Le tout semble plat, sans consistance et finit par me laisser sur le bord de la route. Peut-être que cette lourdeur était intentionnelle, afin de coller avec les sévices subis par les personnages et l’horreur de cette histoire, qui sait ?

avis HS 7244 Lorraine Letournel Laloue

Pourtant, il y a de bonnes choses. Il y a une envie de nous plonger corps et âme dans ce camp, dans la violence d’une situation insoutenable et dans la puanteur. Les personnages subissent des tortures, des expériences médicales prodiguées par un savant fou. On passe par toutes les étapes de la folie avec des brûlures, des tests au froid, des ablations, des excisions, des inséminations de virus et j’en passe. Toute cette violence médicale pourra en choquer plus d’un, mais sachez que tout cela n’est aucunement gratuit. Le problème, c’est que l’autrice alterne ces moments horribles avec d’autres beaucoup plus niais où le héros est à la recherche de sa moitié. Le choc laisse place à l’indifférence la plus totale pour moi, si bien que j’ai fini par ne plus rien ressentir pour les personnages et encore moins pour Marius. Je ne peux pas vous dire le nombre de fois où j’ai levé les yeux au ciel, tant ils m’ont exaspéré par tant de mièvrerie. Du côté des méchants, c’est tout aussi dramatique tant le manichéisme est présent. Les gentils sont vraiment très gentils et les méchants sont vraiment trop méchants. Cette description des deux camps apportent un côté grand guignol à cette histoire et c’est vraiment dommage. Le roman devient aussi subtil qu’un 33 tonnes sans frein fonçant sur un enfant, surtout quand il est question de parler du savant fou. Le parallèle avec Mengele est trop facile, trop caricatural et le personnage semble n’être qu’un ado perturbé en mal de reconnaissance…

HS 7244 repose sur un mystère, qui sera vite résolu, notamment si vous êtes attentif à l’actualité mondiale de ces dernières années. Ce mystère rend la chronique difficile à écrire, car il serait dommage de tout vous dévoiler et de tout vous gâcher. Cette révélation, même si vous la devinez, c’est la force de ce roman. HS 7244 devient alors bien plus qu’un thriller choc. Il devient un roman noir percutant, mais surtout un drame basé sur des faits-réels. Lorraine Letournel Laloue nous offre une oeuvre d’utilité publique et nous renvoie à des événements qui sont vaguement passés aux infos pendant quelques jours et seulement sur une petite vignette qui défilait. L’autrice nous parle d’un événement grave, horrible, inhumain et qui nous renvoie aux heures les plus sombres de notre Histoire. HS 7244 nous ouvre les yeux sur un sujet qui semble ne pas faire réagir les grands de ce monde et qui laisse faire en toute impunité. L’autrice nous montre que l’ignorance de certaines personnes peut amener à la bêtise et à la haine. L’Homme est un monstre et il ne lui suffit que très peu pour basculer vers la folie. Lisez ce livre non pas pour sa forme, mais pour son fond. Lisez le pour savoir, pour ne pas être un ignorant. Lisez le pour grandir, pour vous révolter.


Voilà, si la forme m’a laissé de marbre (et j’en suis désolé), le fond m’a littéralement détruit. Lorraine Letournel Laloue, en s’appuyant sur un fait réel, nous offre une oeuvre sombre, dramatique, actuelle, d’une puissance folle et d’une utilité publique redoutable. Lisez HS 7244 et partagez le autour de vous. La bêtise et l’ignorance ne doivent plus exister et ne doivent plus être un prétexte pour ce genre d’atrocité. 

6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je pense qu’effectivement, l’atout majeur de ce roman est cette dénonciation que je n’avais pas vue venir (oups, non je ne suis pas tout à fait attentive à l’actualité mondiale…) du coup, en effet, ça file un sacré uppercut. Merci pour cette chronique sincère !

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    1. tomabooks dit :

      Clairement ! Perso, j’avais été indigné quand j’ai lu des articles à ce sujet, alors ça m’a tout de suite sauter aux yeux – sans pour autant que ça me gène par la suite – Par contre, la plume m’a plongé dans le désarroi comme tu as pu le lire… J’essaie toujours de l’être, du moins j’essaie surtout de ne pas être trop dur dans mes mots…

      Aimé par 1 personne

      1. Je pense que quand c’est dit avec respect, il n’y a pas de mal à être sincère ! Après tout, la lecture reste une appréciation totalement subjective, et surtout dépendante de pleins d’éléments extérieurs !

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      2. tomabooks dit :

        Totalement d’accord avec toi sur ce point ! Je ne vois pas l’intérêt de s’acharner sur un auteur si sa plume ne nous a pas plu 🙂

        Aimé par 1 personne

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