[Retour sur Saga] – [REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza (2007)

Être amateur de film d’horreur, c’est avant tout une quête perpétuelle pour tomber sur LA pellicule qui va heurter notre sensibilité, qui va nous horrifier au plus au point et qui va tout changer pour nous. Le cinéma de genre a longtemps souffert d’une mise en avant d’oeuvres, parfois médiocre, qui n’apportaient rien. Après un âge d’or que l’on pourrait situer dès les années 70 jusqu’à la mi-90, le cinéma horrifique était tombé dans une paresse abyssale, copiant concept sur concept, histoire d’engranger de l’argent.
Pour s’aventurer vers quelque chose de plus horrible, il fallait délaisser les USA et se tourner plutôt vers le cinéma asiatique, mais aussi du côté des espagnols. Parce qu’il ne faut pas oublier que le cinéma de genre a été épargné par la censure de Franco, car jugé trop mineur. L’horreur était donc laissé de côté, sans regard, et a donc permis une escalade dans la violence, histoire d’évacuer les traumatismes du vingtième siècle.

C’est ainsi qu’un duo de réalisateur, Jaume Balaguero et Paco Plaza, décide de prendre du bon temps avec une petite récréation ludique à base de caméra à l’épaule, avec aspect documentaire, et surtout des zombies. À mi-chemin entre The Walking Dead et Le Projet Blair Witch, [REC] arrive avec une idée simple : offrir un long-métrage prenant et horrifique comme on en faisait plus que très rarement.
Le long-métrage se tourne assez rapidement (environ sept mois) et se fait sans prise de tête avec un petit budget et sans star. Le résultat est sans appel et le film commence à faire le buzz dans de nombreux festivals.

Angéla est journaliste pour une télévision locale. Accompagnée de son caméraman, elle relate le quotidien de ceux qui travaillent la nuit.
Ce soir, elle est dans une caserne de pompiers. La nuit est calme, aucune urgence. Jusqu’au coup de fil d’une vieille dame qui réclame du secours. Le tandem suit les pompiers et découvre en arrivant sur place des voisins très inquiets. D’horribles cris ont été entendus dans l’appartement de la vieille dame. Angéla perçoit la tension des habitants, son reportage devrait enfin sortir de la routine… Elle n’imagine pas à quel point !

[REC] : zombie ou infecté à l’espagnol

[REC] de Jaume Balaguero et Paco Plaza part d’un concept simple, facilement devinable pour l’amateur de genre, mais ce n’est pas dans le scénario où il faut chercher une quelconque originalité. La progression de l’histoire est assez classique pour le connaisseur de zombie (enfin d’infecté), mais c’est sur sa forme qu’il pourra en surprendre plus d’un. Le duo fait preuve d’une maîtrise à toute épreuve de leur concept un poil casse-gueule, tout en instaurant une ambiance morbide d’un réalisme parfait. L’atmosphère est lourde et ne cessera de monter en tension jusqu’à la dernière séquence où la sensation d’oppression sera tout bonnement incroyable. Il est très facile d’entrer dans [REC] et de ne plus en ressortir. En tout cas, les deux réalisateurs l’ont parfaitement compris et vont jouer avec nous pour que le spectacle soit tout bonnement saisissant. On ressort de ce long-métrage avec le trouillomètre à fond, les jambes flageolantes et une drôle de sensation.
C’est en choisissant la technique de la caméra documentaire, qui a déjà fait ses preuves dans Cannibal Holocaust ou encore Le projet Blair Witch, que le duo offre une subjectivité incroyablement forte. Dès la première séquence, [REC] réussit à nous maintenir dans le film, puisqu’il ne nous montre jamais qui tient la caméra, si bien que l’on s’identifie directement à lui. On entre dans cet immeuble et on découvre l’ampleur du cauchemar au fur et à mesure des péripéties. Le rythme s’intensifie, l’hystérie collective s’empare de nous et la caméra ne se stabilisera pas une seule fois dans ce tourbillon horrifique… 

La caméra ne nous épargne rien, puisqu’elle n’aura que quelques coupures, installant ainsi une tension permanente et une approche assez brut de l’horreur. [REC] s’avère dérangeant dans ses effets horrifiques, notamment avec le personnage de la vieille dame ou encore lors de la dernière séquence dans ce sinistre appartement du dernier étage…
Le côté caméra documentaire aurait pu apporter un côté pauvre à la mise en scène, mais il n’en est rien dans ce long-métrage. Jaume Balaguero et Paco Plaza sont de véritables orfèvres quand il est question de mise en scène. La sensation d’improvisation est constante, alors que tout est calibré au millimètre près pour accentuer la tension du long-métrage. Les deux compères s’amusent à multiplier les longs plans séquences, histoire de permettre aux acteurs d’improviser et donc de rendre ce “documentaire” le plus réel possible. L’effet est garantie et surtout multiplié grâce aux différents personnages qui parlent en même temps. L’effet de confusion est parfait et les deux réalisateurs joueront sur le niveau sonore pour nous faire mal, très mal, à l’instar de l’effet saturé du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper… 
Véritable monstre de rigueur, [REC] est tout bonnement un film culte qui prend de la valeur année après année. Bien que les deux réalisateurs ne révolutionnent pas le genre infecté, ceux-ci réussissent à placer la barre très haute au niveau de la peur et de la tension. Celle-ci est tellement haute qu’aucun autre film d’infecté n’arrivera à son niveau… 

Demoiselles d’horreur propose une analyse intéressante sur l’aspect jeu-vidéo du film [REC] en s’appuyant sur le personnage d’Angéla.

6 commentaires Ajouter un commentaire

  1. bennybooks dit :

    La fin est carrément flippante. J’ai adoré ce film.

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    1. tomabooks dit :

      J’avais pas ressenti ce genre d’angoisse depuis mon voisinage de The Descent 😍

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  2. princecranoir dit :

    Je reconnais toutes les qualités décrites dans ton article très élogieux, mais ce n’est hélas pas un film qui m’a laissé un bon souvenir. Tout comme lors de ma découverte de Cloverfield, j’ai dû sortir de la salle en cours de projection, pris d’horribles hauts le cœur dus à ces prises de vue à l’épaule et sans plan de coupe. J’ai personnellement du mal à reconnaître l’intérêt de ce principe de mise en scène même si je comprends tout à fait sa justification en l’occurrence. Je lui donne davantage de crédit néanmoins dans « diary of the dead » qui questionne notre pulsion scopique, cette volonté farouche de garder les yeux ouverts même quand le pire s’abat sur nous.

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    1. tomabooks dit :

      Je comprends tout à fait ta réticence à ce style de mise en scène, bien qu’il permet (par moment) d’être immergé dans de drôles de conditions. Les longs-métrages qui me captivent à ce point sont rares, mais REC m’a particulièrement marqué.
      Je plussois pour la vision de Romero sur Diary Of The Dead, qui est sûrement la seule chose qui le sauve du naufrage…

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