L’heure de la sortie de Sébastien Marnier (2018)

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Révélé en 2016 avec Irréprochable, Sébastien Marnier plonge davantage dans le cinéma de genre avec son dernier long-métrage sorti en 2018,  L’heure de la sortie.

Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e 1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret…

Une salle de classe. Ambiance studieuse. Le soleil de printemps cogne contre les vitres. Les élèves sont concentrés sur un devoir ou sur une évaluation. Le professeur se tient derrière eux, il contemple la vue. Il ouvre la fenêtre et saute. La mort vient nous cueillir dès les premières minutes du film et créée aussitôt une ambiance lourde et suffocante qui ne nous quittera plus. Sébastien Marnier, qui n’est pas à son coup d’essai, nous plonge dans l’incompréhension la plus totale. L’idée est ingénieuse et nous permet de mieux entrer dans la peau du personnage de Pierre, professeur remplaçant interprété par Laurent Lafitte. Comme lui, nous sommes contraint d’entrer dans ce collège, dans cette salle de classe qui nous est inconnu. Le monde que nous avons en face de nous est perturbant, bizarre et hostile. Pierre Hoffman devient notre éclaireur dans cette étrangeté et dans ce mystère.

Alors que l’on entend trop souvent que le cinéma français n’a rien à offrir d’autres que des comédies lourdingues, L’heure de la sortie vient faire taire tous les détracteurs en proposant un mélange des genres angoissant, suffocant et intelligent. Sébastien Marnier nous offre une confrontation psychologique et une leçon entre un professeur et ses jeunes élèves. La confrontation entre les deux camps est rudes. Pierre essaie et cherche à les découvrir, tout en prenant ses marques dans ce nouvel univers bourgeois, tandis que les élèves paraissent hautains, froids, menaçants. L’empathie pour ces jeunes adolescents n’est pas de mise et ce n’est pas ce que le réalisateur recherche, bien au contraire. L’heure de la sortie flirte avec l’angoisse, le fantastique pour nous faire perdre nos repères. Les adolescents semblent dépourvus d’émotions, d’envis. Les interrogations sont nombreuses et le réalisateur ne viendra en aucun cas nous aider. Nous entrons dans la peau de Pierre. Nous devenons les voyeurs de deux mondes qui se confrontent, celui des adultes et des adolescents. Sébastien Marnier brouille les pistes et joue sur sa mise en scène pour nous hypnotiser. Entre froideur et esthétisme de qualité, le réalisateur joue sur les panoramiques, sur les grands-angles, rappelant ainsi le travail de John Carpenter. L’ambiance est maîtrisée d’une main de maître. L’angoisse s’accentue et les adolescents apparaissent comme des entités maléfiques qui cherchent à nous faire la leçon. L’aura étouffante de cette campagne française n’aura de cesse que nous renvoyer à une nouvelle version du Village des damnés.

Sans entrer dans les détails, Sébastien Marnier nous livre un long-métrage sensoriel, à la croisée des genres qui devrait plaire aux amateurs du genre. L’heure de la sortie peut être vu comme un cauchemar dystopique où la tension sourde et grandissante finira par nous avoir avec un final et un message cohérent. Je ne prendrais pas le risque de trop vous en dévoiler, mais le réalisateur n’essaie pas de nous faire la moral au travers de son oeuvre. Au contraire, il tente de nous ouvrir les yeux sur notre monde et sur la vision d’une jeunesse qui n’y croit plus. Du mal-être latent de la jeunesse, Sébastien Marnier offre un face-à-face curieux et malsain qui restera dans nos esprits pendant un long moment. 

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je ne connais pas du tout ce film mais il me tente beaucoup, notamment pour ses premières minutes qui instaure toute l’ambiance du film…

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    1. tomabooks dit :

      Je te le conseille fortement et c’est disponible sur Ocs 🙂. J’espère que le film te plaira.

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  2. Le ciné, ok, mais le bouquin qu’il a fait avant……. horrible.

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    1. tomabooks dit :

      Je ne savais pas qu’il était également écrivain ! Bon, vu ton commentaire je peux passer mon chemin 😂

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  3. Alberte Bly dit :

    J’avais ADORE ce film quand je l’avais vue à sa sortie au cinéma! Une belle surprise dont la presse a malheureusement peu parlé je trouve alors qu’effectivement, il montre bien que le cinéma français n’est pas toujours mauvais ou lourdingue !
    J’avais beaucoup aimée la bande-son il me semble qui me rappelait celle bien angoissante de It Follows (film extra, évidemment) et qui participait à créer cette ambiance que tu décris très bien ! 😉

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    1. tomabooks dit :

      J’aurais pu insister sur la bande-son qui permet de figer l’atmosphère inquiétante et lourde du long-métrage. Tu cites It Follows (que j’adore !) qui s’inspire du travail de Carpenter, comme ça la boucle et bouclée 😉. L’heure de la sortie est un tout (image, son, acteurs, ambiance et thématique) qui en faig un très bon film et dont on aimerait en voir plus par chez nous 🙂

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