Nickel Boys de Colson Whitehead : cicatrice d’une communauté

Après Alabama 1963, retour en pleine ségrégation, mais cette fois-ci sans aucun trait d’humour.

Nickel Boys de Colson Whitehead nous offre un portrait d’une USA peu glorieuse, où certaines cicatrices continuent à toucher une communauté…

Voici mon avis sur ce roman choc de la rentrée littéraire, disponible aux Éditions Albin Michel.

La 4eme de couverture

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à cœur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Nickel Boys :
cicatrice d’une communauté

Autant ne rien vous cacher, mais je ne savais pas dans quoi j’allais m’embarquer avec la lecture de ce roman. Vous commencez à me connaître, je ne suis pas vraiment porté sur la littérature blanche. Il me faut toujours une part d’obscurité, d’horreur humaine pour que mon instinct me pousse à aller vers un roman particulier. La rentrée littéraire était l’occasion parfaite pour moi d’aller vers d’autres horizons et je peux vous dire que j’ai bien fait. Je referme Nickel Boys de Colson Whitehead avec cette sensation d’avoir lu un grand roman, d’avoir pris une belle claque et quelques frissons avec ce drame d’une intensité des plus parfaite.
Dès son prologue, le romancier va ancrer son histoire dans la réalité, puisque nous allons assister, médusés, à la découverte d’un cimetière caché de tous, sauvage et surtout non déclaré de la Dozier school for boys en Floride. C’est plus de 80 corps qui vont être sorti de terre, preuve de la maltraitance que subissait une certaine partie de la population. Une enquête va être ouverte, d’anciens élèves vont être entendus et c’est là que Colson Whitehead décide de nous plonger dans un passé pas si lointain et qui a laissé de nombreuses cicatrices.

Nickel Boys nous parle, comme Alabama 1963, d’une période de chamboulement social et de liberté durant les années 60. Même décennie, mais aucunement le même traitement, puisque Colson Whitehead décide de nous embarquer dans un drame social d’une noirceur incroyable. En décidant de traiter de cette période, le romancier utilise la grande histoire pour se recentrer sur quelques personnages et plus particulièrement sur Elwood, un jeune idéaliste qui se nourrit de littérature et de discours de Martin Luther King. Non pas que celui-ci soit un petit génie en culotte courte, mais plutôt qu’il dispose d’une curiosité qui va à l’encontre des autres jeunes de son quartier, tel un personnage de Dickens. Il a une soif d’apprendre et une envie de s’en sortir qui nous font l’aimer dès les premières pages. Et c’est là que l’auteur fait mouche, puisque nous allons nous attacher d’emblée et donc souffrir avec lui quand tout cela va déraper.

avis nickel boys colson whitehead prix pulitzer

En s’inspirant d’une histoire vraie, celle des maisons de correction où la ségrégation faisait encore rage, Colson Whitehead tape fort et juste en faisant de cet endroit. Le romancier décide de mettre la violence à distance de son lectorat, seuls quelques scènes subsistent, sans pour autant aller au bout. C’est notre imagination qui fait le reste et ce choix est à saluer, car l’auteur aurait pu faire dans la violence, puisque le sujet n’en manque pas, et dans le pathos. La menace reste sourde, même quand les personnages semblent aller au mieux. Entre scènes d’espoir et tragédie, l’auteur n’hésite pas à utiliser l’ellipse pour nous maintenir captiver avec un suspense incroyablement fort. 

Nickel Boys est un enfer sur Terre pour la communauté afro-américaine, métaphore d’une USA qui va mal, gangréner par le racisme, par la haine… Entre les punitions officielles et celles orchestrées par quelques brutes aimant un peu trop les discours du KKK, notre jeune personnage et ses camarades vont vivre un cauchemar éveillé qui marquera des générations d’Afro-américains et ce, jusqu’à instaurer des réflexes de soumissions. Une scène restera marquée dans mon esprit. Celle-ci peut sembler toute simple, peut-être anecdotique dans ce roman, mais si importante pour montrer les conséquences sur des hommes et des femmes qui subissent encore l’oppression à l’heure actuelle. L’auteur ne démérite pas son prix Pulitzer, puisque que celui-ci nous montre avec facilité et dureté cette cicatrice encore béante qui relie cette communauté. 


Je pense que vous l’aurez compris, mais il faut absolument lire Nickel Boys de Colson Whitehead. Que ce soit pour son histoire, pour l’Histoire, pour ces personnages touchants, pour ce drame intense ou pour les cicatrices que la ségrégation et le racisme laissent encore aujourd’hui. C’est LE roman de cette rentrée littéraire pour moi. 

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ce n’est pas un livre qui m’aurait tente à la base mais à force de lire de très bons avis il me tente de plus en plus…

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    1. tomabooks dit :

      Franchement il ne faut pas hésiter. C’est à la fois un roman dur, mais aussi un roman formidablement écrit et touchant 😍

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  2. Dans le genre Horreur humaine on est servi dans ce roman……. Mais il est bon que des auteurs mettent ou remettent à jour les horreurs du passé (mais il y en a encore actuellement malheureusement). Beaucoup aimé également 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. tomabooks dit :

      Je suis totalement d’accord avec toi et c’est d’autant plus important pour que les nouvelles générations ne reproduisent pas ce genre d’horreur…

      Aimé par 1 personne

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